Numérique : le défi européen


Le premier constat de l’étude : « le numérique en Europe : une approche des impacts environnementaux par l’analyse du cycle de vie » est que le numérique du vieux continent est plus important que toute l’humanité. Cette étude a été menée par le consortium NegaOctet et le collectif GreenIt.fr à la demande du groupe parlementaire ALE. Ce qu’il faut retenir, c’est que chaque année l’Europe mobilise 571 millions de tonnes de matières premières, correspondant tout simplement à la masse de plus de 9 milliards d’êtres humains.

Les impacts environnementaux du numérique.


12 impacts pour l’environnement ont été pris en considération allant du réchauffement global en passant par l’acidification du sol et de l’eau. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’empreinte numérique individuelle des Européens reste loin d’être négligeable, notamment lorsqu’on mesure l’impact global à l’échelle individuelle en se basant sur les deux indicateurs clés :
• L’épuisement des ressources abiotiques est une réalité avec 5760 t équivalents antimoine soit 71 kg de terre excavée par jour.
• Concernant le réchauffement global, il est de 185 millions de tonnes de CO2.
• La fabrication des matières premières et leur impact


L’épuisement des ressources totales mobilise 23 % pour les métaux et 17 % pour les énergies fossiles, soit un total de 40 % des impacts environnementaux. Ce sont des ressources pourtant nécessaires pour la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs ou encore des télévisions. C’est une part particulièrement importante et cela s’explique par la diversification des équipements numériques que nous avons dans notre quotidien.
Concernant les émissions de gaz à effet de serre liées à notre usage du numérique quotidien, elles représentent 40 % du budget annuel soutenable. Lorsqu’une opposition est faite avec les accords de Paris, il s’agit d’une dimension disproportionnée. Pourtant, l’objectif de rester en dessous des 1,5° pour le réchauffement global ne peut pas être atteint avec un tel gaspillage.

Combattre certaines idées reçues


Cette étude sur l’impact du numérique sur le vieux continent a le mérite de battre en brèche des idées reçues et de s’orienter uniquement vers des solutions efficaces. En effet, l’impact le plus significatif ne repose pas sur l’utilisation de son appareil, mais plutôt de sa fabrication. 54 % des ressources sont ainsi mobilisées sur la phase de construction contre 44 % sur son utilisation. Voilà pourquoi il est essentiel de repousser l’acquisition d’un nouvel équipement en lui accordant une seconde jeunesse.
Autre élément mis en avant par cette étude, le fait que les principaux impacts viennent des équipements destinés à des utilisateurs et non à des centres informatiques. Parmi les différents appareils numériques du quotidien, les télévisions comptabilisent à elle seule 40 % des impacts du numérique, loin devant les téléphones portables. Finalement, ce n’est pas une surprise, car il y a environ une télévision pour deux Européens et qu’en parallèle la taille des écrans ne cesse d’augmenter. Étienne Lees-Perasso, co-auteur de l’étude, expert de LCIE CODDE Bureau Veritas et membre du consortium NegaOctet déclare : « C’est plus que tous les impacts des réseaux en Europe ! ».

Les recommandations pour réduire cet impact environnemental


Les différents auteurs de cette étude soulignent les différences impacts par l’analyse des sujets tels que l’effet rebond dans le numérique, l’intelligence artificielle, l’économie circulaire, le cloud ou encore les véhicules électriques autonomes. Grâce à ces analyses complémentaires, différentes recommandations efficaces et simples peuvent ainsi être mises en place.
Par exemple, une réduction du nombre d’appareils ou le fait de privilégier un appareil reconditionné. Plutôt que de remplacer systématiquement un appareil en panne, il est toujours préférable d’envisager sa réparation.
Autre solution, la mutualisation des équipements. Plutôt que d’enchaîner les équipements avec des usages différents, ils peuvent ainsi être regroupés et ensuite partagés et loués au lieu d’être achetés.
L’autre piste à exploiter concerne l’écoconception, pouvant être obligatoire pour des services numériques et les équipements.

Augmenter la durabilité des appareils


Vous avez certainement entendu parler de l’obsolescence programmée. Bien souvent, lorsqu’un appareil est défectueux, vous procédez certainement à son remplacement complet alors que parfois il s’agit simplement d’une pièce mineure défectueuse. Voilà pourquoi il est nécessaire d’encourager la réutilisation des équipements de seconde main, mais également de favoriser la disponibilité des pièces de rechange. Une industrie de réparation concernant les équipements numériques peut ainsi être mise en place, réduisant considérablement les impacts environnementaux.
Même cas de figure concernant l’obsolescence des logiciels. Il faut donc distinguer les mises à jour de confort par rapport aux mises à jour de conformité. Les auteurs de cette étude préconisent de mettre en place un support technique pendant au minimum cinq ans. Cela signifie que le logiciel utilisé sera régulièrement mis à jour en parfaite conformité avec l’évolution des technologies et des législations, sans que cela entraîne une dégradation de la performance du logiciel.

Favoriser le réemploi


Pour le moment, de nombreux Européens sont encore réticents sur la réutilisation d’un appareil numérique. Il est donc nécessaire de professionnaliser cette industrie avec une législation qui encadre davantage la réutilisation de ce type d’appareil. Cela permettra d’augmenter la confiance des Européens lorsqu’ils doivent investir dans un appareil reconditionné plutôt que dans un appareil neuf. Il s’agit non seulement d’un travail législatif, mais également d’un changement de mentalité.


David Cormand, eurodéputé ALE, déclare : « Une approche européenne est essentielle pour parvenir à une économie numérique verte et durable. Nous espérons que cette étude contribuera à jeter les bases factuelles des décisions politiques urgentes que nous devons prendre pour relever les défis de notre époque ».


Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’un véritable défi européen, mais de manière plus globale un défi à l’échelle mondiale. Pour y parvenir, il est nécessaire que les gouvernements mobilisent toute leur attention, mais également que les industries et les consommateurs participent à ces efforts.

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